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Comment multiplier le «fabriqué au Québec»?

Comment multiplier le «fabriqué au Québec»?

« C’est une super belle nouvelle pour nous », lance d’emblée Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), en réaction aux propos de François Legault, qui décrivait lundi son intention d’accroître sensiblement la production manufacturière et agroalimentaire québécoise.


Le premier ministre du Québec a évoqué une échéance de deux ans, correspondant à la fin de son mandat. 

Irréaliste ? 

« Pour nous, ce qui est réaliste, c’est de mieux faire connaître les produits fabriqués au Québec, qu’ils soient vendus à d’autres manufacturiers ou auprès des consommateurs », soutient Véronique Proulx.

« Mais en même temps, et c’est là que le gouvernement peut avoir un rôle important à jouer, c’est de revoir ses politiques d’approvisionnement local. Les manufacturiers nous en parlent depuis des années. C’est vraiment un irritant de soumissionner pour un appel d’offres public et de ne pas gagner le projet parce qu’on a 1 ou 2 % de différence sur le prix, alors que celui qui gagne le contrat peut être établi dans un pays asiatique où on ne respecte pas les mêmes normes environnementales ou de santé et sécurité. » 

L’innovation au bon endroit

François Legault veut rapatrier au Québec la fabrication de « toutes sortes de produits qu’on importe de la Chine, mais aussi de l’Europe et des États-Unis », a-t-il dit. 

« Mais si on n’intègre pas le design industriel en amont, ce qui va arriver, c’est qu’on va produire la même chose que les autres », prévient Yanick Tremblay, coprésident, avec Marie-Pierre Gendron, de l’Association des designers industriels du Québec. 

« La propriété intellectuelle va nous échapper et on n’aura pas capturé tout le potentiel de l’adaptation du produit à nos réalités locales. »

– Yanick Tremblay

« On va payer des redevances à l’extérieur, on va être un peu plus chers, et ce sont des investissements qui n’auront pas l’impact escompté. Il faut investir dans le manufacturier, il faut se moderniser, il faut augmenter la productivité, mais il faut intégrer en amont l’apport du design industriel. Si on ne fait que reproduire ce qui est possible ailleurs, on ne gagnera pas. » 

Faire pousser l’agroalimentaire

Accroître la production locale dans le secteur agroalimentaire ? « C’est très ambitieux et évidemment, on supporte ça à 100 % », affirme Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), avant d’apporter quelques nuances. 

« C’est clair qu’on peut augmenter. Le premier ministre a dit que 50 % des produits en épicerie venaient d’ici. Mais il ne faut pas oublier qu’on exporte aussi 50 % de ce qu’on produit ici. » 

Tant pour la production agricole que pour l’industrie de la transformation, l’accroissement de la production locale passe par l’amélioration de la productivité, et par conséquent par une automatisation au moins partielle. 

« C’est toujours un enjeu. Ce sont des investissements majeurs, et 80 % des transformateurs alimentaires au Québec sont des PME. Automatiser une ligne de production chez Exceldor, c’est plus facile qu’automatiser une ligne de production chez Mme Tartempion. »

– Sylvie Cloutier

Et le climat sera toujours un obstacle. En dépit de la croissance des serres, « je ne vois pas la journée où on aura une production suffisante de bananes ou d’avocats pour suffire au marché alimentaire ». 

Que ce soit dans le secteur manufacturier ou agroalimentaire, l’investissement dans l’automatisation pourra cependant avoir des effets multiplicateurs. 

« Si on prend des robots ou des automates fabriqués au Québec – parce qu’il y a énormément de gens qui travaillent dans la production de ces machines –, c’est intéressant aussi », fait valoir Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins études économiques. « Par ailleurs, si on a besoin de davantage de matières premières d’ici, on fait travailler davantage de gens dans ce secteur. » 

Avec quels employés ? 

« La toute première difficulté, c’est les pénuries de main-d’œuvre », soulève Frédéric Laurin, professeur en économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l’Institut de recherche sur les PME. « Les entreprises, actuellement, apprennent davantage à mieux développer qu’à plus développer », dit-il. 

L’économiste, dont les travaux ont notamment porté sur les ponts entre l’internationalisation et le développement local, espère que le retour à la production locale ne sera pas synonyme de repli sur soi. 

« Est-ce que ça veut dire qu’on va bloquer les autres ? Ça, c’est du protectionnisme. Évidemment, ce n’est pas à l’avantage de personne, particulièrement les PME québécoises, qui ont besoin, de façon ponctuelle, d’avoir accès à des savoir-faire ou des technologies de fournisseurs ou de sous-traitants qui viennent de l’étranger. Les couper de ces sous-traitants-là, c’est les couper d’une partie de leur productivité, parce qu’ils font affaire avec les meilleurs. » 

« Cela dit, il y a énormément d’entreprises qui ne sont pas informées des sous-traitants et des fournisseurs qui sont sur leur territoire », poursuit-il. 

Quand des industriels lui demandent comment favoriser le développement régional, et par conséquent la fabrication locale, il répond : « La première chose est de se connaître. » 

Les affaires entre entreprises d’une même région entraînent moins de transport et plus de contacts et d’échanges. « C’est de cette façon qu’on développe une région et qu’on renforce sa base industrielle. Si c’est ça, le nationalisme, c’est-à-dire mettre un éclairage sur les sous-traitants et les fournisseurs locaux, inciter les gens à coopérer davantage entre eux, ça, c’est une excellente idée. »